Fleur de tes vers : quand la poésie devance la vie
7 Novembre 2026 | FM Distribution 63
Makutano Event
Un poème de Josh Kapitula, le « Barde de la Plume d'Or », relu par Mbondi Elior, poète de la huitième génération, révèle comment des vers écrits comme un jeu de scène ont fini par annoncer un mariage bien réel.
Un cénacle où la poésie se joue
À la Plume d'Or, la poésie n'a jamais été qu'un texte posé sur une page. Les poètes des premières générations déclamaient leurs œuvres comme au théâtre. Autour de pièces comme « Soyons ivres », chacun incarnait une figure de l'excès : Eugène Tasiluvakwa, la transe des paradis artificiels ; Rodriguez Boyongo et Daniel Tsalumbo, l'ascèse fiévreuse de la lecture ; Mapson Viteghe, l'arpenteur éperdu des muses.
Chez ce dernier, chaque femme rencontrée devenait prétexte à poème et recevait un nom de fleur rare : Fleur-de-Lys, Iris… Une guitare accompagnait parfois ces soirées, et la déclamation prenait des allures de rituel. C'est de cet univers que Josh Kapitula, membre de la deuxième et de la troisième génération, a tiré « Fleur de tes vers ».
Un poème d'ami
Le texte s'adresse à Mapson, et le thème floral y devient fil conducteur. Dès les premières strophes, le poète interroge : que serait la poésie de son ami « s'il ne s'y chantait la fleur » ? Il lui rappelle qu'il a chanté l'amour « sous ses noms les plus divers » au point qu'il a « rosi tous ses vers ». Le mot est lâché : rosi .
Le 27 février 2021 : la métaphore rattrapée par le réel
Ce jour-là, Mapson épouse une femme prénommée Rose. La coïncidence est frappante : la fleur chantée pendant des années trouve un visage et un prénom.
Pour l'occasion, les compagnons de route du marié (Safari à la guitare solo, Nzala à la basse, Josh au piano) préparent une surprise qu'on pourrait qualifier de « braquage poétique ». Sans prévention, ils prennent les micros et interprètent leur poème devant une assemblée stupéfaite. Une strophe fait basculer la scène de l'art à la vie :
Ce que dit le texte, selon Mbondi Elior
Poète de la huitième génération, Mbondi Elior dit avoir entendu l'auteur lui-même répondre à des questions sur son texte lors d'une activité culturelle au CLAC-Butembo. Il en propose une lecture en quatre points.
- Le chiffre sept. Le poème est écrit en heptasyllabes, et le sept symbolise l'accomplissement dans la tradition de la Plume d'Or. Le mariage a eu lieu un samedi, septième jour de la semaine : la forme et le calendrier se répondent.
- La couleur. L'amour « rosit » traduit l'écriture : à force de célébrer ses muses, le poète a teinté tous ses vers du même sentiment.
- Le Dôme. L'arôme flairé « sous le dôme » dépasse le registre amoureux. Le dôme est à la fois la voûte céleste, la scène de théâtre et le lieu où l'on échange les vœux. Le poète cherchait un absolu, il a trouvé un visage.
- L'arbitre. « La manche qui s'achève » et « l'Arbitre qui siffle » empruntent au vocabulaire sportif : le Destin, ou la Providence, siffle la fin du célibataire, et l'Éden cesse d'être un rêve pour devenir la vie à deux.
Transmettre pour que les textes vivent
Au-delà de l'anecdote, la démarche de Mbondi Elior montre comment un cénacle se transmet : les aînés laissent des textes, des gestes et des souvenirs ; les cadets les relisent, les commentent et les font revivre. La mémoire de la Plume d'Or ne dort pas dans des anthologies : elle circule entre les générations.
« Fleur de tes vers » rappelle ainsi qu'un poème peut devancer la vie, lui offrir des mots avant qu'elle n'arrive, et devenir, avec le temps, un véritable patrimoine.